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SECTION DESIGNER
La naissance d’une Griffe
C’est en Abitibi, plus précisément dans le petit village de St-Maurice de Dalquier, à une vingtaine de kilomètres d’Amos, que Sally Lambert a vécu ses 18 premières années.
Avant dernière d’une famille de 5 enfants, dont le revenu était modeste, elle se souvient combien il était excitant de plonger dans les boites de vêtements qu’elle recevait, résultat des «ménages de garde-robe» que faisaient sa grande sœur et parfois même les copines de ses 2 grands frères! Toutefois, avec sa petite taille, rien ne lui allait jamais, tout était trop long ou trop grand.
Sa mère travaillant sur sa ferme du matin au soir, et, étant maintenant la plus âgée à la maison, il lui sembla naturel dès l’âge de 10 ans, de tenter l’utilisation de la machine à coudre afin d’ajuster à sa taille les vêtements reçus. Dans sa famille, la machine à coudre était omni-présente et installée dans la salle à diner.
C’est à la même époque qu’elle s’inscrivit à un cours d’initiation à la couture offert aux élèves de 5e année de son école. Son projet : une robe courte très « tendance » dans un tissu aux imprimés géométriques multicolores. Les notions de base apprises, elle récidiva et, encouragée de sa mère et de sa tante qui étaient d’habiles couturières, la petite robe bigarrée fut suivie de bien d’autres!
Jeune adulte, il lui arrivait fréquemment de s’acheter 2 ou 3 coupons de tissus le vendredi soir, lesquels se transformaient en robe qu’elle portait le lendemain soir à la discothèque. Elle aimait particulièrement confectionner des vêtements pour les offrir en cadeau.
Ce fut à 30 ans et de façon détournée que l’univers de la mode lui fit son véritable clin d’œil. Un désir de changement avait commencé à se poser tout doucement sur sa vie qui pourtant, le croyait-elle, était toute tracée. Elle occupait depuis 7 ans un poste de secrétaire de direction dans un centre d’accueil pour alcooliques et toxicomanes, travail qu’elle aimait beaucoup et l’année précédente, elle avait réalisé un de ses rêves soit celui d’avoir une maison et une terre en campagne.
Armée d’une détermination et d’une audace qu’elle ne se connaissait pas, elle se dessina en 2 jours à peine un petit détour qui, le croyait-elle sincèrement, la ramènerait au point de départ après 1 an de congé sabbatique. Une amie qui vivait à Québec l’invita à passer les prochains mois chez-elle, invitation qu’elle accepta avec joie. Elle n’eut pas le temps de placer l’annonce pour louer sa maison, qu’elle se buta presque aux 2 jeunes recrues des forces constabulaires qui s’apprêtaient à consulter la section « maison de campagne à louer » …
C’est donc appuyée de sa famille, de ses amis et même de son patron, qu’elle partit le cœur léger vers cette année sabbatique qui, croyait elle, la ramènerait vers sa vie en Abitibi.
Toutefois, après 2 mois de vacances totales, elle décida de se mettre à la recherche de travail à temps partiel en secrétariat. Elle obtint rapidement un court contrat; pourtant, dès l’instant où elle se retrouva derrière un clavier, ce fut le choc … elle ne désirait plus faire ce travail pour gagner sa vie!
Le destin doit parfois chausser ses gros sabots pour qu’on le remarque; peu après ce constat plutôt troublant, elle trouva dans sa boite aux lettres un feuillet publicitaire d’une école de mode. Un cours d’une durée de 2 ans débutait en septembre. Il s’agissait d’une toute petite école à Ste-Foy près de Québec.
Elle hésita à peine une seconde et, après avoir visité l’école et pris connaissance du programme, elle s’inscrivit en mode. Ce fut le cœur battant qu’elle posta sa lettre de démission et qu’elle entama les démarches pour vendre sa maison de campagne.
Elle fit sa seconde année au Collège La Salle de Montréal, choisissant des cours du soir ce qui lui permis de travailler à l’atelier d’un créateur. C’est d’ailleurs dans cet atelier qu’elle appris le métier de couturière. Elle se souvient encore de son effroi, lors de son premier jour de travail où, ignorant tout de la production en série, elle s’était vu confier la responsabilité de piquer sur des pulls des formes découpées dans le cuir, certaines minuscules, qu’elle devait piquer en place suivant un motif défini.
Une fois ses études terminées, elle vécu une année dans les hautes Laurentides où elle démarra sa première entreprise qui porta le nom de Rouge Baiser. En plus d’une petite collection de manteaux, elle offrit des services de confection sur mesure et de retouches, en plus d’enseigner les rudiments de la couture à une clientèle privée, tout en travaillant à mi-temps dans une clinique dentaire.
Le destin n’avait pas dit son dernier mot; il ne lui suffisait pas d’avoir fait un pied de nez à sa vie qu’elle croyait toute tracée … il appela à l’aide son vieux complice, l’esprit d’aventure qui, cette fois, n’eut qu’à souffler tout doucement…
Ne connaissant Sherbrooke que de nom et pour n’avoir entendu que des éloges d’un de ses cousins qui s’y était installé depuis plusieurs années, elle débarqua un matin de l’été 1991 au centre ville à la recherche d’un logement.
Désireuse de se faire des contacts, elle s’inscrivit bientôt à des cours du soir. Toujours par un curieux hasard, l’un des enseignants, fondateur d’une troupe de théatre spécialisée en soirées « meurtres et mystère médiéval » était à la recherche d’une couturière pour l’aider à confectionner des costumes. Le premier contrat qui lui fut confié fut pour habiller le Fou du roi …
Au fil des rencontres, une complicité s’installa laquelle allait bientôt se transformer en un sentiment plus profond. C’est à l’automne 1992, peu avant Noël que, sans même le savoir, le couple posa le premier pavé d’une route qui ne cessera de se prolonger. Deux chemisiers, un pour lui l’autre pour elle, inspirés des costumes de la troupe de théâtre, leur ont valu bien des compliments de la part des amis et de la famille. Toutefois, ce fut les commentaires élogieux d’un garçon de table, à qui d’ailleurs la première chemise fut vendue … qui confirma le potentiel que pouvaient avoir cette mode alternative.
Au début de 1993, alors qu’elle travaillait dans leur petit atelier de couture installé à même le salon de leur logement, elle entendit à la radio la tenue d’un concours intitulé « Jeunes Designers ». Elle ne prit pas le temps de réfléchir et inscrivit le duo à cet événement, nouvelle qu’elle annonça le soir même à son complice. Ils durent en quatre semaines, dessiner, faire la recherche de tissus et produire une petite collection.
Malgré cette mode encore inconnue, les comparses eurent l’immense plaisir d’être parmi les 7 finalistes sur 14 participants. L’enthousiasme des mannequins et des spectateurs pour ces lignes audacieuses n’ont fait que confirmer l’engouement à venir … Lambertrand venait de naître.
Tout au long des 10 années suivantes, la designer et son associé ont créé leur mode; intemporelle, audacieuse, sensuelle…
Ce sont la richesses des étoffes et la notion « d’habits-parures » qui attirent particulièrement la designer de Lambertrand. Elle se souvient du plaisir avec lequel elle a découvert, grâce à son professeur d’Histoire du costume, la complexité des coupes et la folie qui animait les créateurs à travers les temps, particulièrement pendant la longue période que furent le Moyen Age et la Renaissance. Ce fut ses premières inspirations.
Le défi est toujours le même … créer du prêt-à-porter dont l’inspiration est puisée dans le passé, tout en lui conférant un look et un confort contemporain. Audacieuse, elle aime particulièrement le moulage; il s’agit d’une méthode où le tissu est travaillé directement sur un mannequin; d’un seul mouvement, parfois même « par accident », de nouvelles lignes apparaissent, se recoupent, prennent vie sous ses doigts.
Par Sally Lambert,
26 septembre 2002.
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